Partie 1 :
Une pute travelo, un couple maso et un chanteur drag.
Interlude :
« A c’est un peu C, et C c’est un peu A, donc il rêve juste qu’ils échangent leurs vêtements comme Jean, comme ça au milieu de la rue, elle avec son caleçon trop serré et lui avec sa culotte grise. Et après ils marcheraient chacun de leur côté, sans plus jamais se revoir, elle en treillis, et lui dans son pantalon noir ou la jupe écossaise qu’elle portait à l’époque, avec les épaules en l’air comme Bob Dylan, en chantant dans la rue, avec sa voix grave qui court dans les aigües, sa voix qui vrille quand elle sort pas de son ventre. Les rues en perdent même leurs noms. Il commence à faire froid, avec juste une jupe et une culotte grise, ah oui et un pull large, parce que c’est ça qu’elle portait en 2019. »
Partie 2 :
Il me semble qu’il est question de neutre et de devenir, de parure (ou comment rendre son propre corps disruptif), d’Alberto Sorbelli et de Dominique Baqué : « un nouveau corps se configure et se défigure, s’invente et se défait, sur le mode deleuzien de la déterritorialisation, constituant des identités mouvantes, précaires et nomades[1] ». Ces peintures parlent de réagencements intimes et sociaux, de modes de reconfigurations. Elles ont remplacé (peut-être pas indéfiniment) la galerie de portraits à l’encre de mes « mecs », philosophes, peintres, musiciens : c’est ça l’art du pas de côté.
La formule de Bacon me hante : « pourvu qu’il peigne[2] ». C’est pour ça que je ne serais jamais peintre (enfin seulement pour les autres, parce que la peinture c’est un truc qui te colle à la peau, il n’y a qu’à voir Duchamp). Le problème c’est le labeur, ou comment concilier branle et travail. Je préfère me promener en oubliant mes pinceaux dans l’eau crade, parce que c’est de la boue que les meilleures pièces viennent.
[1] BAQUÉ, Dominique. Mauvais genre(s): érotisme, pornographie, art contemporain. Paris (France) : Editions du Regard, 2002. p. 15
[2] BACON, Francis et ARCHIMBAUD, Michel. Entretiens avec Michel Archimbaud. Paris (France) : Gallimard, 1996. p. 146